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samedi 25 mars 2017

Vers la Fémis et au delà !

Il y a quelques mois, j'ai découvert sur le site de la Charte des Auteurs Jeunesse une formation organisée par la Fémis et intitulée "Initiation à l'adaptation de romans". Le stage, ouvert aux auteurs de romans, avait pour objectif  de former 7 auteurs aux spécificités de l'adaptation pour le cinéma d'un texte littéraire. J'étais encore dans les dates et je me suis dit "Pourquoi pas? Qu'est-ce que je risque après tout ?"

Première étape : Le dossier

J'ai écrit une belle lettre de motivation expliquant mon rapport au cinéma et mes projets professionnels. J'ai choisi  Le Prodigieux Destin de Peter comme roman à adapter. C'est le plus récent, je le trouve esthétiquement très intéressant, j'aime la positivité qui s'en dégage et puis Peter a reçu des retours très positifs. Donc, j'ai résumé l'histoire de Peter et j'ai ajouté ma biographie et ma bibliographie.
J'ai envoyé le tout à la Fémis en espérant mais sans trop y croire parce que j'habite loin de Paris et que je n'ai aucune expérience dans le cinéma, juste ma passion, mon amour des films et ma motivation à apprendre de nouvelles techniques d'écriture. Ensuite, je suis partie en vacances en mettant tout ça très loin de moi (ça sert à ça les vacances).
Je suis rentrée sereine, remplie de zénitude... et le quotidien m'est tombé dessus : problèmes avec Pôle Emploi, dissolution du chœur dans lequel je chante toutes les semaines depuis deux ans. Bref, le ciel qui me tombe sur la tête.
Heureusement, une bonne nouvelle est arrivée peu après pour contrebalancer toutes ces catastrophes : j'avais passé la première étape de la sélection de la Fémis, mon dossier avait été accepté.



Deuxième étape : la Nouvelle

La deuxième épreuve consistait à lire quatre nouvelles de Richard Bausch tirées de son recueil intitulé Quelque chose est là dehors et à en sélectionner une. Voici un petit aperçu des nouvelles :
- La femme du révérend Thornhill raconte l'histoire d'une femme mariée et mère de deux enfants qui s'offre une journée d'amours adultères avec un amant rencontré sur internet. Un petit côté Desperate Housewife.
- Quelque chose est là dehors se passe juste après un drame. Paula rentre à la maison après avoir laissé son mari à l'hôpital. Ce dernier s'est fait tirer dessus par un ancien associé. Le mari est tiré d'affaire, l'assaillant a été arrêté, tout va bien. Enfin... tout devrait aller bien mais Paula n'est pas tranquille. Autour de la maison qu'elle vient de rejoindre, le blizzard dépose une neige de plus en plus épaisse. Paula rassure ses deux fils et la tante Dora mais elle n'y croit pas elle-même. Cette agression ne peut être que le début de quelque chose. Alors elle attend parce qu'elle sent bien que quelque chose est là dehors.
- Immigration, c'est l'histoire d'un couple. Lui est irlandais, elle américaine. Il doit déposer sa demande pour obtenir une carte de résident permanent mais ils sont en retard pour se présenter au service d'immigration, un peu désorganisés et ils flippent.
- Soixante-cinq millions d'années oppose la vision créationniste d'un curé à celle évolutionniste d'un adolescent de 15 ans. Dans quel but Dieu aurait-il créé les dinosaures et comment la Bible les explique-t-elle ? Face aux interrogations et aux doutes du jeune homme, le prêtre est désarçonné.
The Shining vu par Matthew Griffin

A l'épaisseur de mon résumé, vous avez pu comprendre que j'ai choisi Quelque chose est là dehors. J'ai beaucoup aimé la montée de la tension, l'interrogation permanente du lecteur (est-ce que les peurs de Paula sont fondées?), la transformation de l'univers familier en un décor étranger et oppressant. J'ai donc présenté mon choix en un argumentaire très court (c'était difficile de faire preuve de concision tellement il y avait à dire). Pourquoi cette nouvelle ? Quelles seraient les difficultés d'adaptation d'un point de vue cinématographique ?
J'ai posté tout cela assez rapidement.
Et puis, j'ai attendu...


Troisième étape : le Jury

Début mars, le résultat est tombé : j'étais admissible à l'oral d'admission !
J'étais super contente, vraiment emballée de monter à Paris pour rencontrer un jury de professionnels. Je n'avais jusque là pas trop parlé de cette formation autour de moi mais j'avais à présent l'impression de la toucher du doigt. J'ai eu l'occasion de discuter avec Sophie Chérer, auteur jeunesse, qui avait participé au stage en 2014. Elle m'a beaucoup rassurée et m'a donné principalement un conseil : Sois toi-même. Ok, ça, je peux le faire.

J'en ai quand même profité pour visionner quelques films récents, surtout les primés aux Oscars et aux Césars. Ça a été l'occasion de voir de très beaux films :
 
L'effet Aquatique (César du meilleur scénario) Samir flashe sur Agathe, maître-nageur. Il fait semblant de ne pas savoir nager pour pouvoir suivre ses cours. Agathe se laisse peu à peu amadouer jusqu'à ce que le secret de Samir soit éventé. Agathe clôt toute relation mais Samir ira jusqu'en Islande pour la reconquérir.
Ma Vie de Courgette (César de la meilleure adaptation, mon coup de cœur, je vous le conseille mille fois :) Courgette est un garçon de 10 ans obligé d'intégrer un foyer pour enfants à la suite de la mort accidentelle de sa maman. Il y rencontre tout un éventail d'enfants qui vivent soudés contre l'adversité. Courgette trouve sa place jusqu'à ce qu'une nouvelle arrive. Elle s'appelle Camille et Courgette tombe amoureux.
Elle (César du meilleur film) Verhoeven est un habitué des films de monstres (Robocop, Total Recall, Starship Troopers...). Il traite ici de la même thématique mais en restant dans un univers complètement réel et c'est d'autant plus déroutant. Âmes sensibles, s'abstenir.

Mais, dans le lot de films primés, j'ai également visionné des films que je n'ai pas aimé :
Lalaland (Oscar de plein de trucs) Alors, oui, je sais, ce film a été porté aux nues. Je ne suis pas critique de cinéma mais j'ai trouvé le scénario terriblement convenu. Le film étire tellement l'intrigue qu'on finit par ne plus rien éprouver pour le couple qui s'aime/se déchire à l'écran. Tout aurait pu tenir en moitié moins de temps (1h10 suffisait amplement). La seule chose que j'ai trouvé vraiment réussie, c'est le traitement des couleurs. Et puis aussi, j'ai beaucoup aimé la scène d'introduction qui est pour moi le vrai clin d’œil du film au comédies musicales.
Manchester by the Sea (Oscar du meilleur scénario) Je ne m'étendrais pas sur ce film trèès long, trop long qui traite de l'impossibilité d'un homme à se remettre du deuil de ses enfants.

Le 20 mars, j'étais prête.
TGV, métro, petite marche jusqu'à la rue Francoeur : Fémis, me voilà !
Les lieux sont magnifiques. L'école est installée dans les anciens studios Pathé et nichée dans une structure en verre et acier. Certain éléments d'époque ont été conservés comme une très belle pointeuse et le fronton de la grille d'entrée.

Mon chemin était fléché, j'ai attendu dans un canapé rouge qu'on m'appelle. En patientant, je me suis souvenu que je connaissais le nom prestigieux de la Fémis depuis que j'étais ado. Quand j'étais au lycée, je rêvais de travailler dans le cinéma, j'étais abonnée au magazine Studio, je regardais tous les films qui passaient sur Canal et je voulais même être cameraman. Mais, avec un cursus littéraire entamé, je savais que mes chances étaient maigres et j'ai vite laissé tomber. Bref, le rêve était resté un rêve parce que je ne m'étais pas autorisée à y croire.
Au bout d'un quart d'heure, on est venu me chercher.
Le jury était composé par Raphaëlle Desplechin, scénariste et directrice d'atelier, Oury Milshtein, producteur et directeur de production ainsi que Carine Burstein, chef de projet.
L'entretien a commencé d'une façon étrange puisque Raphaëlle Desplechin m'a tout de suite expliqué que mon projet de scénario était trop cher à réaliser (moi qui n'aime pas parler d'argent, j'étais servie). Qui dit film d'époque dit budget, qui plus est si on parle d'un film fantastique avec un garçon qui vole. Mais elle a enchaîné avec une proposition très intéressante : avez-vous pensé à l'animation ? J'avais adoré Ma Vie de Courgette alors je voyais cela d'un très bon œil. J'ai tout de suite imaginé ce que pouvait donner Peter et le Cirque des Merveilles en stop motion et ça me plaisait vraiment. Oury Milshtein a eut l'air étonné.
Oury M : Un scénario d'animation c'est comme un scénario de film ?
Raphaëlle D : Bien sûr, ça reste du cinéma. Tous les scénarios sont les mêmes.
The Shining vu par Jamie Bolton
Dark City vu par ??

Nous avons ensuite discuté de mes goûts en matière de cinéma (mon cerveau se révélant subitement vide de toute donnée, je crois que je n'ai cité que deux films : Shining de Kubrick et Dark City d'Alex Proyas). Nous avons enchaîné sur les films récents que j'avais vu (ouf ! J'avais bien fait de visionner quelques Césars/Oscars). J'ai eu d'ailleurs la bonne surprise de voir mon jury hocher la tête quand j'ai critiqué Lalaland. Oury Milshtein a également apprécié mes éloges de Elle (en même temps, il était directeur de production sur ce film). Puis nous avons abordé la nouvelle, Quelque chose est là dehors et j'ai expliqué pourquoi je l'avais choisi elle et pas une autre.
Enfin, on m'a demandé pourquoi je voulais adapter Peter Peton.
Moi : C'est à dire... Galymède se passe dans un monde d'héroïc-fantasy avec des elfes, des fées et toutes sortes de créatures imaginaires, Bazmaru prend place en Polynésie et l'Université Invisible parle de télépathes et de télékinésistes alors le choix était simple. Et puis Le Prodigieux Destin de Peter a reçu de très bons retours des lecteurs comme des libraires.
L'histoire de Bazmaru intriguait Carine Burstein alors elle m'a demandé de le pitcher, exercice très délicat avec lequel je ne suis pas encore au point. J'ai raconté. Oury Milshtein, le membre du jury le plus réticent à mon univers, a dit « Ah oui, des hommes bleus, c'est un peu comme Avatar ! ». « Bah non, pas vraiment » j'ai répondu sans trop savoir comment expliquer que je n'étais pas du genre à copier les idées des autres.
L'entretien s'est terminé avec une dernière question à laquelle je ne m'attendais pas du tout : si votre projet aboutissait, est-ce que vous réaliseriez votre film ? Je suis restée muette d'étonnement pendant quelques secondes. Réaliser ? Moi ? J'ai répondu très franchement qu'il en était hors de question. Selon moi, le cinéma était une association de professionnels, chacun connaissant parfaitement son métier et son rôle. La réalisation était un travail à part entière que je ne maîtrisais absolument pas. Je suis assez humble pour savoir quand il faut confier sa création à un d'autre.
L'entretien terminé, nous avons cet ultime échange :
Moi : Bien, je m'en retourne sur ma Côte d'Azur.
Raphaëlle D : Ah oui, c'est vous qui habitez à... Toulon, c'est ça ?
Moi : C'est ça.
Oury M : Ah bon ? Je pensais que vous veniez de la planète bleu !
Moi : Non, c'est vrai que j'habite sur une planète mais c'est ma propre planète.
(Rires)


J'ai donc quitté la Fémis le cœur léger. Je n'avais rien à regretter, je m'étais montrée telle que j'étais avec mon univers. Au jury de décider. Puisqu'il ne pleuvait pas, j'ai traversé à pied les quartiers de Montmartre et de Pigalle (d'où les photos) puis j'ai pris le métro à Saint Georges jusqu'à la gare de Lyon.

Quatrième étape : le Résultat


Le lendemain midi, le résultat tombait, sans appel.
Nous sommes au regret de vous annoncer que vous n'avez pas été admise à la formation Initiation à l'adaptation de romans 2017.
Grosse déprime. Je savais que je n'avais que très peu de chance mais je n'ai pu m'empêcher d'être déçue. J'ai traîné ma carcasse pendant tout l'après-midi jusqu'à ce que je reçoive un second mail de Carine Burstein en personne.
Une erreur s'est glissée dans nos mails et vous êtes en fait 1ère en liste d'attente, ce qui signifie que si l'un des candidats retenu ne pouvait intégrer la formation, vous seriez la première à pouvoir l'intégrer. En vous renouvelant nos excuses.
Mon petit cœur de romancière s'est envolé à cette nouvelle. Je n'étais toujours pas prise mais il y avait un peut-être. 8ème sur 7, quelle pression !

Et nous voilà à aujourd'hui. Depuis mardi, je suis en attente d'un mail qui peut-être n'arrivera jamais. C'est à la fois déprimant et excitant. Mais, plus le temps passe, plus je sens bien que je me leurre. Qui donc abandonnerait sa place à une telle formation ? Les sept stagiaires ont beaucoup de chance et ils seraient bien bêtes de la laisser passer. Et puis, ce ne serait pas très beau joueur de ma part de souhaiter qu'il leur arrive quelque chose d'assez grave pour zapper cette formation. Bref, je patiente, j'avance dans mes écrits en essayant de ne pas trop y penser.

De toute façon, c'est décidé, si je ne suis pas prise, je me présente à la formation 2018 car le sang breton qui coule dans mes veines fait que je ne lâche pas l'affaire facilement.


mercredi 8 juin 2016

Le monstre du château : deux illustrateurs pour une histoire

Aujourd'hui paraît la première aventure de Galaad en Milan Poche Cadet !
Les lecteurs de Moi Je Lis connaissent déjà notre jeune héros, page à la cour du roi Uther Pendragon. Mais pour les autres, c'est une découverte. Entre la version magazine et la version livre, un grand changement s'est produit : l'illustratrice Valérie Verney a été remplacée par Glen Chapron. Ce sont des décisions d'éditeur, je n'ai pas mon mot à dire là-dessus. Ces deux dessinateurs sont aussi doués l'un que l'autre. Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est la façon dont un même texte donne lieu à deux interprétations complètement différentes en terme d'image.

1 . La scène d'introduction

" -Tiens ta sixte, mon garçon! Ta garde est molle, je pourrais la traverser les yeux fermés.
Je m'empresse d'obéir aux ordres aboyés par Bran, le maître d'arme. ça fait deux bonnes heures qu'on s'entraîne dans le froid. Malgré la fatigue, je me concentre sur les attaques du maître et m'efforce de parer comme il nous a appris."
Illustration de Valérie Verney

Illustration de Glen Chapron

Les deux illustrations reprennent les données essentielles du texte. A savoir, Galaad, le maître d'arme et les autres pages. On devine même le château en arrière plan. Seulement, là où Glen met des épées entre les mains de Galaad et Bran (logique, on parle de garde et de sixte, une position d'escrime), Valérie dessine un bouclier (?).

2 . La première apparition du monstre du château

Alors qu'il va chercher de l'huile pour graisser les armes, Galaad est attaqué par une gigantesque ombre.
" Un bruit de verre brisé retentit dans mon dos. Je me retourne un peu trop vivement, je glisse et m'étale de tout mon long dans l'horrible substance graisseuse. Pas le temps de me redresser, une ombre surgit au-dessus de moi tout en rocs et en griffes. Elle pose deux pattes velues sur mon torse pour m'immobiliser et ouvre un peu plus ses gigantesques mâchoires.
Je pousse un cri d'effroi. "
Illustration de Valérie Verney

Illustration de Glen Chapron
Les deux illustrateurs ont fait un choix différent. Valérie préfère garder le mystère sur le monstre en ne montrant que son ombre tandis que Glen nous dévoile déjà les pattes du Chapalu.

3 . Merlin

Le monstre est repoussé par un petit soleil miniature généré par un jeune homme qui n'est autre que... Merlin.
" -Ouhou! Tout va bien? demande une voix bienveillante.
- Très bien, si on omet le fait que je suis couvert de saindoux et de bave de monstre.
L'inconnu s'esclaffe. Je me redresse, intrigué. Le petit soleil volette à présent autour d'un jeune homme simplement vêtu d'une tenue de forestier. Ses yeux dorés me scrutent avec malice. "
Illustration de Valérie Verney

Illustration de Glen Chapron
Deux illustrateurs, deux Merlin totalement différents l'un de l'autre. Mais les deux portent la même gentillesse sur le visage.

4 . Les chevaux s'enfuient

Le Chapalu continue ses bêtises tandis que Merlin et Galaad font connaissance.
" [Le monstre] est passé par les écuries. Il a tant effrayé les chevaux qu'ils ont brisé leurs attaches. Des étalons nerveux errent à présent un peu partout, poursuivis par de jeunes galopins."
Illustration de Valérie Verney

Illustration de Glen Chapron
 J'aime beaucoup le dessin énergique de Valérie avec les têtes des chevaux dépassant des fenêtres ou courant au premier plan. Mais j'aime aussi beaucoup l'image de Glen, plus centrée sur le travail des petits galopins et le bazar créé par les chevaux aux écuries.

5 . La Colère des villageois

Évidemment, les villageois commencent à s'inquiéter. Qui est ce monstre et jusqu'où cela va-t-il aller?
" La foule frémit et gronde, des poings se serrent.
- C'est ce que je redoutais, me glisse Merlin. Quand la peur et la colère engendrent le trouble dans le coeur des hommes, le chaos n'est jamais loin. Et c'est une menace pour la stabilité du royaume. Que fait Uther?
Comme en réponse, une trompette sonne, appelant tout le monde au silence. Le roi Uther descend les marches pour se mêler à la foule. Il apporte une parole de réconfort à chacun. "
Illustration Valérie Verney

Illustration Valérie Verney

Illustration Glen Chapron
 Valérie utilise deux images pour exprimer cette tension générée par la peur. D'abord les villageois en colère puis l'apparition du roi qui ramène le calme. L'illustration de Glen, sur une double page, est moins explicite mais on y lit facilement la proximité qu'il peut y avoir entre le roi et ses sujets.

6 . Le Fantôme de Dame Gabrielle


Galaad voit les fantômes. Cela va lui être utile pour l'enquête qu'il mène.
" Un fantôme de femme vient à ma rencontre dans le couloir. C'est Dame Gabrielle, d'habitude souriante et affable, elle affiche aujourd'hui, un air si contrarié qu'elle me croise sans me voir. "
Illustration de Valérie Verney (désolée pour la mauvaise qualité de l'image, c'est une photo)

Illustration de Glen Chapron
Double page pour Dame Gabrielle. Le fantôme de Valérie est translucide et lumineux (car on voit l'ombre de Galaad), celui de Glen est vaporeux.

7 . Le Chapalu


Enfin, le Chapalu apparaît, attiré par l'odeur de Galaad couvert d'une potion inventée par Merlin.
" Il n'a pas fallu longtemps pour que le Chapalu détecte mon odeur et surgisse. Il est à présent gigantesque. Perché sur le toit de la chapelle, il me considère avec intérêt. "
Illustration de Valérie Verney

Illustration de Glen Chapron
J'adore ces deux images. Le Chapalu est à la fois mignon et redoutable par sa taille.

8 . La Dame du Lac


Après avoir servi de souris pour attirer le Chapalu jusqu'au lac, Galaad, blessé et essoufflé, fait la connaissance de Viviane.
"Le félin quitte mon dos en grondant. Je me redresse dans une grimace, mon bras douloureux serré contre moi. Je dois vraiment avoir piètre allure avec mon épaule de travers, mon vêtement taché de potion et mon visage griffé. La Dame du Lac tend la main et pose ses longs doigts sur mon articulation. Une douce chaleur se répand dans mon bras tandis que la douleur disparaît complètement. "

Illustration de Valérie Verney


Illustration de Glen Chapron
Deux illustrateurs, deux belles Viviane, deux Dames du Lac.


Si vous avez envie de lire cette histoire dans son intégralité, avec les illustrations de Glen Chapron, vous pouvez trouver Le Monstre du Château (en Milan Poche Cadet) dès aujourd'hui dans toutes les librairies francophones. Pour la version illustrée par Valérie Verney, c'est trop tard, il fallait acheter le Moi Je Lis de décembre 2012 (il est collector maintenant, celui-là!).
Vous pouvez aussi retrouver en juillet, la troisième aventure de Galaad, le Poney venu de la mer, dans Moi Je Lis, toujours avec les illustrations de Glen Chapron.
A bientôt !

mardi 31 mai 2016

Il faut que je vous explique...

Mon prochain roman ne sera pas édité par l’École des Loisirs. C'est triste et difficile à encaisser. Je me sens comme une ado qu'on viendrait de mettre à la porte de chez elle.

  Mais il faut que je vous explique...

Juste avant noël 2015, j'apprenais une nouvelle troublante : Geneviève Brisac, directrice littéraire des collections Mouche, Neuf et Médium, était dans une situation délicate puisqu'elle venait de se voir reprocher ses choix éditoriaux. Dorénavant, elle devrait demander l'aval du directeur éditorial, Arthur Hubschmit avant toute nouvelle publication. Difficile à supporter pour cette femme de lettre (prix Fémina 1996) et de grand savoir qui travaillait depuis 27 ans dans cette maison pour laquelle elle avait créé la collection romans. Trop difficile même puisque Geneviève est partie, laissant ses avocats traiter avec ceux de Monsieur Hubschmit.
Nous étions en décembre et j'étais très loin de la France (en Australie), choquée par cette information qui me semblait alors complètement irréelle : comment EDL (aka l’École des Loisirs) pouvait-elle se priver d'une femme telle que Geneviève ? Que devenait Chloé, la talentueuse assistante de Geneviève ? Et qu'allait-il advenir de mon prochain roman terminé, retravaillé et fignolé jusqu'à la dernière phrase ?

Sensible à la douleur qui devait être celle de Geneviève et Chloé, je leur écrivais un mail de soutien, rappelant combien j'appréciais de travailler avec elles deux et les remerciant pour le travail que nous avions déjà accompli ensemble (quatre romans tout de même !).


Les mois passèrent. Je demandais à Chloé de soumettre mon manuscrit à Arthur Hubschmit puisqu'il portait désormais la double casquette de directeur éditorial et directeur littéraire.
Arthur Hubschmit lu attentivement La fille sans nom puis nous eûmes une discussion téléphonique très sérieuse mais plutôt courte. Extraits (à lire avec l'accent suisse) : « Écoutez, je suis vraiment très embêté. J'apprécie grandement votre style, votre sensibilité, mais je n'accroche pas du tout au fantastique, c'est plus fort que moi, je n'y arrive pas.(...) Vous comprenez, ce que je veux éditer maintenant, c'est du livre-documentaire, du réel parce que c'est ce dont les adolescents ont besoin aujourd'hui. »
Je raccrochais avec beaucoup de tristesse comprenant que je n'avais désormais plus d'éditeur. Je ne verrai pas ma Fille sans nom sous la couverture sobre de la collection Médium. Il n'y aura pas de cinquième roman chez l’École des Loisirs.

Grâce à Alice de Poncheville, je compris que je n'étais pas du tout la seule dans ce cas là. Nous étions même tellement nombreux que Alice a créé un blog où chacun est venu témoigner. Vous pouvez lire les multiples articles ici : https://laficelleblog.wordpress.com/ Ils sont assez édifiants car tous n'ont pas reçu le même accueil de la part de Arthur Hubschmit. Certains ont été malmenés, critiqués et regardés de haut.
Les seules personnes qui nous rapprochent tous, nous les auteurs refusés de EDL, ce sont Geneviève Brisac et Chloé Mary. Nombreux sont ceux qui ont été découverts par ces deux femmes. Elles ont plus d'un livre à s'écrire, plus d'une histoire à venir au monde car ce sont des sages-femmes comme on en croise que quelques-unes dans une vie.
J'ai témoigné moi aussi sur le blog d'Alice, expliquant comment le roman que j'avais passé tant de mois à retravailler sous la houlette de Geneviève et Chloé avait été écarté par le nouveau boss pour la simple raison que lui n'aime pas le fantastique.

Après une période de flottement où je cherchais quoi répondre à la question et après ? je décidai de ne pas me laisser abattre et de chercher d'autres éditeurs. J'ai tenté ma chance chez Gallimard. Après un premier retour très positif (qui me demandait de bien vouloir patienter un mois jusqu'à la prochaine réunion du comité de lecture et de leur signaler si j'avais déjà eu des propositions d'autres éditeurs), j'ai finalement reçu un bien triste refus automatique (un mail posté par une machine à une heure du matin qui avance l'argument fallacieux de la ligne éditoriale).
Je suis à présent en train de prospecter auprès d'autre éditeurs. C'est une impression étrange de revenir aux anciennes méthodes : sélectionner les comités de lecture et leurs adresses, imprimer le manuscrit, établir sa bibliographie, rédiger un synopsis, faire des centaines de photocopies, relier le manuscrit, acheter des enveloppes à soufflet (pour y caser 270 pages)...

Pendant ce temps-là, mes autres projets d'écriture stagnent. Je n'arrive pas à travailler. Tant que la Fille sans nom n'a pas trouvé de maison, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer à écrire.

Heureusement que ma BD, l’École de PAN se porte bien. Elle continue à paraître tous les mois dans Moi Je Lis tandis que le troisième tome du recueil se prépare chez BDKids.
D'autre part, en juillet dans Moi Je Lis, vous pourrez lire un épisode inédit de Galaad : Le Poulain venu de la mer avec des illustrations absolument superbes de Glen Chapron.
Les magnifiques illustrations sont de Glen Chapron
Et en août, ce sera le tour de l’École de Pan de venir jouer les invités pour un grand récit qui s'appellera Les Super-rétrécis.

Voilà, vous savez tout.

Les cases en noir et blanc sont toutes tirées du manga Yotsuba& de Kiyohiko Atzuma, disponible aux éditions Kurakawa.

mardi 24 novembre 2015

L'école de PAN chez BD Kids

En septembre dernier sortait le premier tome de l’École de PAN : Le cube mystérieux. Les lecteurs de Moi Je Lis n'auront pas manqué de reconnaitre les six premiers épisodes déjà sortis en presse entre mars et août 2014. La BD reste la même, elle est juste enrichie d'une présentation des personnages dans les premières pages et d'une petite gazette dans les dernières.
Premier essai de couv avec un dessin déjà existant (illustration : Yomgui Dumont)

Quelle chance de pouvoir faire une bande dessinée touchant un public bien plus large que les lecteurs de presse jeunesse ! C'est incroyable de penser que l’École de Pan est dans le même format que Ariol, Marion Duval ou Zélie et Cie.
Yomgui, Drac et moi avons travaillé très en amont, une bd se préparant plusieurs mois avant son impression et sa sortie en librairie. La bd en elle-même étant déjà prête (puisque parue en pré-publication), il fallait quand même lui composer une couverture toute belle, penser au texte d'accroche en 4ème de couverture et aux petits ajouts sur les rabats dont sont équipés les BD Kids (biographies de l'auteur, de l'illustrateur et de la coloriste + présentation des principaux personnages).
Deuxième essai avec un dessin inédit encore au stade du crayonné (illustration : Yomgui Dumont). Comme vous pouvez le constater, le personnage de la Directrice apparaît toujours en arrière plan.

Couverture presque définitive. Dans la version que vous pouvez acheter en librairie, les points entre les lettres P, A et N ont disparus. Nous avons choisi d'oublier le sigle de Particuliers Atypiques et Normaux car la référence au dieu Pan nous paraissait finalement suffisante. (illustration de Yomgui Dumont et couleurs de Drac)
Pour compléter ma biographie, j'ai pris mon crayon et j'ai dessiné comme une grande un avatar de Maëlle en super-héroïne. Malheureusement, celui-ci n'a pas été retenue pour des raisons d'uniformisation. C'est Yomgui qui nous a croquées, Drac et moi et je ne m'en plains pas :) Il se débrouille vraiment bien mieux que moi.

Super-Maëlle by me

Super-Maëlle par Yomgui

Pour ma part, j'ai surtout planché sur le bonus final, c'est à dire la gazette de PAN. J'ai imaginé des petites publicités qui permettent d'élargir l'univers de Pan. En créant des magasins et des articles spécialisés en super-héros, c'est un peu comme si je sortais du cadre de l'école de Pan. L'univers se précise, nous avions le SBI (le Bureau d'Investigation du Surnaturel), nous avons maintenant les magasins Superstore.
Bonus Superstore
C'est quelque chose dont on ne parle jamais dans les comics mais c'est pourtant une question cruciale: d'où viennent les costumes des super-héros ? Certains le fabriquent eux-même (souvenez-vous du premier costume de Spiderman ou de Daredevil), d'autres font appel à des collaborateurs scientifiques (qui sont, à priori, de bons tailleurs puisqu'ils semblent tous posséder des dons pour la couture). Pensez au X-men. On ne parle jamais de ceux qui créent leur costumes. Pareil pour les Avengers, toujours parfaitement habillés sans un accroc sur leurs vêtements (sauf Hulk qui doit dépenser une fortune en pantalons). Je trouvais ça amusant qu'on soulève le voile du mystère vestimentaire des super-héros. Les enfants de l'île de Pan (et les autres) se procurent donc leurs vêtements chez Superstore. Je pense qu'un jour ou l'autre, je ferai même un épisode spécial "costumes" pour qu'on voit à quoi ressemble le fameux magasin.
Bonus Blast
Encore un extrait de la gazette. Il s'agit d'une publicité pour une boisson hyper-énergisante. Je me suis dis que les super-héros pouvaient également être une cible pour les publicitaires de tous poils. Dans ce cas, pourquoi ne pas inventer une nouvelle "energy drink". En créant cette boisson, je me suis tout simplement interrogée sur l'origine du produit. Qu'est-ce que le Blast ? Que contient-il ? J'ai donc écris un épisode spécial où les enfants de Pan visitent l'usine Blast. Découvriront-ils l'ingrédient secret? Vous le saurez dans la quatrième saison de l’École de Pan. Il va falloir être patient !

Super-Yomgui par lui-même

Je suis en effet en train de travailler sur la quatrième saison de l’École de Pan tandis que la troisième est en cours de pré-publication dans le magazine Moi Je Lis. En ce moment-même, j'ai même un document ouvert sur mon ordinateur avec l'épisode de Noël en cours d'écriture. Si vous calculez bien, j'ai un an d'avance sur les lecteurs. Et heureusement ! Je préfère ça plutôt que d'être confrontée à une panne d'inspiration quelques semaines avant la parution. Vous imaginez la course! Car, après moi, Yomgui doit transposer le scénario en dessin. Puis Drac doit mettre ses illustrations en couleur. Et nous ne travaillons pas tous les trois que sur l’École de Pan. Chacun de nous a d'autres projets, d'autres publications en cours. Travailler en avance permet de s'organiser.
Super-Drac par Yomgui
 Nous commençons actuellement à échanger des mails à propos du tome 2 de l’École de Pan chez BD Kids. Ce sera un plus gros volume que le tome 1 puisqu'il comptera 12 épisodes de 6 planches (le tome 1 comprenait 6 épisodes de 7 planches). Mais je vous en reparlerai quand le projet sera plus avancé.

Une petite séance de dédicaces, ça vous dit ?

Yomgui Dumont et moi seront en dédicace au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil le samedi 5 décembre à 11h sur le stand des éditions Milan.

Une petite rencontre-conférence, ça vous tente ?

Je serai également présente sur le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse le mercredi 2 décembre à 11h30 pour une conférence. Je cite le programme du SLPJ à ce sujet :
Supers pouvoirs et mondes fantastiques !
Pouvoirs magiques, univers parallèles, machines fabuleuses... voyage au pays des littératures de l'imaginaire, où le réel côtoie le merveilleux, en compagnie de deux auteurs aux univers peuplés de scientifiques, d'extra-terrestres et de créatures extraordinaires.
Avec Karim Friha, auteur de bande dessinée ("La Flamme et l'orage", Gallimard BD), Maëlle Fierpied ("L'École de P.A.N", dessiné par Yomgui Dumont, BD Kids Bayard/Milan) et animée par Christine Paix, libraire.
Rencontre croisée / 1h / À partir de 10 ans / Bande dessinée
Scène littéraire / H26
Venez nombreuses et nombreux pour me poser des questions, plein de questions, que cette rencontre soit passionnante et riche de nos échanges !


Pour plus d'informations sur le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, c'est par là : http://slpj.fr/

vendredi 12 juin 2015

Bazmaru et la fille du vent : faire des recherches pour mieux raconter

Pour créer l'univers dans lequel vont évoluer les personnages d'un roman, il faut parfois de longues heures de recherches. Toutes les histoires ne peuvent pas raisonnablement se passer que dans des lieux que je connais bien, ce serait vite ennuyant pour le lecteur et pour moi aussi.
Si j'aime inventer des paysages, j'ai quand même rapidement besoin d'enrichir mes mondes avec des éléments du réel.

Mon cahier à spirale

Mes carnets entrent en jeu à ce moment-là. Ils m'aident à garder en tête des éléments cruciaux sur le roman en cours. Pour Bazmaru et la fille du vent, j'ai utilisé un grand cahier à spirales qui s'est vite rempli d'informations vitales pour l'histoire.

Je voulais que chaque maison ressemble à son propriétaire. J'ai donc fait un petit croquis pour m'en souvenir.
En faisant des recherches sur le tatouage en Polynésie, j'ai découvert que le tatoo changeait de nom en fonction de la partie du corps qu'il recouvrait.
Idem pour les tatouages maoris du visage qui sont comme une carte d'identité.
Il me fallait également du vocabulaire. Je me suis servie du reo maori et du tahitien pour composer un lexique (admirez au passage mon formidable talent pour le dessin)

Comme vous pouvez le constater je ne me sers pas de toutes mes recherches. Une fois que j'ai compulsé toutes les informations nécessaires, je pioche là où j'en ai besoin. Ces pages ne sont qu'un tout petit extrait du cahier. Je ne vous montre pas tout parce que le reste est visuellement moins parlant (et puis, il faut bien garder un peu de mystère).

Les informations glanées sur internet

Internet, c'est un peu comme une encyclopédie à ciel ouvert dont les pages auraient été éparpillées puis reliées par des fils. C'est une toile d'araignée géante (d'où le nom de web). Il faut glaner, s'égarer, suivre un fil parallèle, sauter d'un site à l'autre avant de trouver l'information pour laquelle on était venu.
Savoir comment circulent les courants marins, ça ne s'invente pas. Un schéma trouvé sur internet peut se révéler bien utile. Le souci, c'est qu'à force d'être utilisées, ces images perdent leur copyright. Je ne sais donc pas d'où provient cette carte.
Il est bon de connaître également la taille approximative des animaux dont on parle. C'est chose faite avec ce passionnant schéma.
Article du Figaro daté du 15 février 2002 déniché par hasard sur internet. Très bonne pioche. Je me suis inspirée de ce Motmot pour créer une île unique pour le peuple dauphin.

Face your Bazmaru

Enfin, à cause de ma piètre mémoire des visages, j'ai recours à ce merveilleux outil qu'est Face Your Manga. Comme je suis une quiche en dessin, ce programme me permet de créer des avatars de chacun de mes personnages. La variation sur les visages reste limitée, c'est vrai, mais l'image agit comme un rappel sur mon cerveau pour évoquer le personnage.

 Sous l'eau

 Pour les informations liées au voyage d'Aéris et Bazmaru sous l'eau, j'ai fait appel à mon Papa qui est un plongeur émérite. Il m'a prêté quelques ouvrages et a répondu à mes interrogations. J'ai également pioché quelques images sur internet.





Je terminerai avec deux images qui ont été des sources d'inspiration pour l'histoire. Elles ont éveillé ma curiosité et elles m'ont donné envie d'écrire.
Recess Wave de James Jean

Mermaid de John Howe

Encore une dernière chose : Bazmaru et la fille du vent connait une seconde vie en Médium Max. Si vous êtes abonnés à l’École des Loisirs, vous avez certainement reçu dans votre boîte aux lettres l'exemplaire édité spécialement pour l’École des Max. La différence avec l'original est minime, comme vous pouvez le constater sur cette photo.
A gauche, l'édition vendue en librairie, à droite l'édition Médium Max
Alors bonne lecture à vous, cher abonnés! J'espère que vous apprécierez cette histoire et qu'elle vous donnera envie de découvrir les autres. Nana! (comme dirait Bazmaru).